Début février, l’US Saint-Malo a recruté un joueur sénégalais, ayant évolué chez les pros en Italie et en Belgique, afin de viser la montée en National. Aujourd’hui, le coach Pierre-Yves David nous éclaire sur le recrutement de l’équipe première (7e de CFA) et du club malouin. 

Pierre-Yves David, comment un club tel que Saint-Malo, passerelle entre le monde pro et amateur, gère-t-il son recrutement ?

Au préalable, il est essentiel d’identifier des besoins. Pour moi, ils tournent autour de trois critères principaux. Le premier comprend les principes de jeu, l’organisation de jeu, c’est-à-dire la manière dont joue l’équipe. Cela détermine un certain profil de joueurs (avec la technique au sens large mais aussi l’aspect mental). Le second critère repose sur le fait de bien connaître l’effectif en place. Si un recrutement doit s’opérer, c’est pour essayer d’amener une valeur ajoutée. La dernière condition reste la question des moyens dont on dispose. Le coût financier est-il possible ? Faut-il lui trouver du travail ?

Du coup, peut-on parler de « politique » de recrutement à Saint-Malo ?

Je n’ai pas d’orientation de ce point de vue là. Pour moi, c’est plutôt « right man in the right place ». Autrement dit, l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Après, des joueurs du groupe DH peuvent évoluer en « complément » – même si je n’aime pas le terme – dans l’effectif. Ils sont très vite concernés et sont capables de compléter un secteur de jeu. Un joueur recruté doit spontanément amener une valeur ajoutée et jouer.

Est-ce que c’est vous qui supervisez l’ensemble du recrutement ?

Non. En interne, l’intégralité des éducateurs référencent des garçons susceptibles de nous intéresser. Il en va de même chez les féminines désormais. L’ensemble des informations est centralisé par deux responsables techniques : Jean-Nöel Le Buzullier et moi-même. Pour l’équipe première, c’est souvent à travers mon réseau que je fais en sorte de recruter des joueurs. En DH, l’ensemble des garçons a entre 18 et 22 ans.

Combien de joueurs issus de votre formation évoluent en équipe première ?

Sur les 20 joueurs, il doit y en avoir cinq (soit 25 %). Je pense comme cela à Yoann Barbet, Anthony Leblanc, Arthur Delalande, Anthony Vermet… Ils ont traversé toutes les catégories d’âge et connaissent donc très bien les entrailles du club.

Est-ce que le fait d’avoir plusieurs clubs pros dans la région vous aide ?

Non pas tant que ça. Certes Kévin Beauverger a évolué au Stade Rennais mais il est originaire de Montauban. Tristan Boubaya a quant à lui été formé à Nantes mais il est originaire de Pleurtuit (à côté de Saint-Malo). Ce sont des garçons dont le profil nous intéressait et qui viennent du secteur.

Est-ce qu’il est difficile de faire venir un joueur dans un club non-professionnel ?

Evidemment. Personnellement, j’identifie plusieurs joueurs pour un même poste et j’en cible trois au maximum. Dans ces trois-là, j’y dégage une priorité. Bien souvent, le joueur prioritaire est cher car il a un vécu à l’étage supérieur et était donc professionnel. Il est très rare d’obtenir le premier choix que tu t’es fixé en CFA. Après, on cible des joueurs selon des modes de fonctionnement tels que le travail ou le secteur géographique.

Prenez l’exemple d’Antoine Caroff : il est du secteur, encore en étude et il était prometteur à la TA Rennes. Alors oui, il n’a pas un cursus comme les autres, il ne sort pas d’un centre de formation et il n’y a pas un retour immédiat mais je juge qu’il est important de l’avoir dans l’équipe. De manière générale pour le recrutement, j’ai besoin de visualiser le joueur. Je ne me vois pas recruter seulement sur un CV… J’ai besoin de le voir courir, frapper et contrôler le ballon.

Propos recueilli par Maxime BARON.

 
Le quizz du Stadiumer :

Quel est votre joueur préféré ? Et pourquoi ?

Andrés Iniesta (FC Barcelone). Ce joueur représente le football tel que je le ressens, la façon dont j’envisage le foot. Peut-être qu’au fin fond de l’Ecosse, ce n’est pas leur perception mais c’est en tout cas la mienne (il sourit).

Quel est votre entraîneur préféré ? Et pourquoi ?

Arsène Wenger (Arsenal) car c’est un bâtisseur. Il est tout sauf un « entraîneur-moustique » comme je les appelle, c’est-à-dire des coachs qui vont là ou la lumière est plus forte qu’ailleurs.

Qu’est-ce qui fait selon vous la « beauté » du foot amateur ?

Pour moi, le football – dans son ensemble – est un moment de grâce… Ce n’est pas une beauté référencée. A partir du moment où il y a compétition, les émotions peuvent être variables. Des fois, cela va être super sympa, des fois cruel, la beauté ne peut pas être constante.

 

Le parcours de Pierre-Yves David (50 ans) :

Stade Briochin durant six ans (CFA2 – CFA), SO Châtellerault deux ans (National), Ginglin-Cesson (14 ans fédéraux), FC Chartres (DH – CFA2), Saint-Malo depuis 2011.