Actuellement, une seule femme entraîne des professionnels : Corinne Diacre (Clermont, L2). Jusqu’à l’été dernier, Anne-Charlotte Meulien (27 ans) coachait elle aussi des hommes, mais en amateur, à Ossé – Saint-Aubin du Pavail (Ille-et-Vilaine). Entre ses débuts dans le foot et le fait qu’elle ait entraînée des garçons, en passant par la création d’un club féminin, la Rennaise se confie.

Anne-Charlotte, peux-tu nous raconter ton parcours dans le football ?

J’ai commencé le football à l’âge de six ans, au CS Servon (Ille-et-Vilaine). J’ai joué pendant dix ans avec les garçons, jusqu’à l’âge légal pour ne plus évoluer en mixité. Ensuite, je suis partie jouer à Châteaubourg, puis à Liffré. Après, j’ai décidé de créer un club féminin, avec l’ancien président du club (M. Serge Pellier), à Servon-sur-Vilaine. Cela fait maintenant cinq ans que je joue là-bas.

Qu’est-ce qui t’as motivé à créer un club féminin ?

Pendant plus de dix ans, j’ai joué dans un club masculin. A chaque fois, l’équipe fille évoluait toujours à part. On n’était jamais pris en considération. J’ai décidé de bousculer les codes et de consacrer un club aux filles. Sommes-nous les seuls à avoir fait cela ? En Ille-et-Vilaine, en tout cas, je pense que oui.

Après la joueuse et la créatrice de club, tu es devenue entraîneur. Comment cela s’est fait ?

Alors que je cherchais du travail en complément de mon activité d’employé de rédaction à Ouest-France, une grosse oppurtunité est arrivée. Le club d’Ossé Saint-Aubin – l’équipe première évoluait en D3 – m’a proposé le poste d’animatrice sportive (via un contrat aidé). Je me suis dit : ‘’pourquoi pas’’. J’ai testé et j’ai été embauchée !

Durant deux ans, Anne-Charlotte a entraîné des garçons. A l’instar de Corinne Diacre chez les pros de Clermont.

As-tu eu peur à ce moment-là des critiques ?

Non pas vraiment. Les garçons m’avaient déjà vu jouer. Je n’avais pas d’appréhension particulière. Après, forcément, tu as peur de ne pas faire bonne impression. J’étais qui plus est plus jeune que tous les joueurs. Et comme je suis une fille, il faut aussi faire ses preuves. Mais les garçons ont été super respectueux et à l’écoute. Mes proches ? Non je ne leur ai pas demandé leur avis, j’ai foncé car le foot c’est ma passion ! (elle sourit)

D’après toi, est-il difficile pour une femme de se faire une place ?

Non. Après, il faut avoir de la légitimité. Tu ne vas pas mettre quelqu’un qui ne connait rien au foot… Tu es obligée de faire tes preuves ! Obligée de montrer aux gars que tu sais ce qu’est un hors-jeu, des choses bêtes mais qui font qu’ils ne te prennent pas pour un peintre…

As-tu un exemple ?

Tu vas mettre en place un exercice, le gars va te dire ‘’moi je le ferai comme ça’’. Tu lui réponds on va le faire comme je l’indique, après on testera ta façon de faire. Très souvent, ils te testent pour savoir jusqu’où ils peuvent aller. Tu es obligée de t’imposer sinon tu te fais manger.

Anne-Charlotte retient beaucoup de positif de son expérience, tant au niveau humain que professionnel.

Est-ce que tu penses que cette expérience t’as fait grandir ?

Pas en taille en tout cas – 1m58 – (elle se marre). J’ai appris de moi-même en tout cas parce que c’est pas facile d’arriver devant 25-30 hommes, prendre la parole et être écoutée. Il faut être à l’aise en public ce qui n’était pas forcément le cas avant. J’ai donc gagné en confiance.

Si tu devais donner trois qualités necéssaires pour entrainer, quelles seraient-elles ?

Je dirais pédagogue, patiente et avoir du caractère.

Quel message aurais-tu envie de passer aux jeunes filles qui voudraient se lancer ?

Juste foncer ! Autant gérer un groupe de filles c’est compliqué (elle sourit), autant s’occuper d’un groupe de garçons, vue de ma position, c’est plus simple. Il ne faut pas hésiter, ne pas avoir peur, du moment qu’on est sûr de ses connaissances.

Propos recueilli par Maxime BARON.

 

Le quizz du Stadiumer :

Quel est ton joueur préféré ? Et pourquoi ?

Le Suisse Alexander Frei parce qu’il a marqué mon adolescence avec le Stade Rennais. Il jouait au même poste que moi (attaquant), a un caractère très fort (comme moi) sur un terrain de foot, mais en dehors c’était un mec simple, abordable. C’était un vrai « renard des surfaces », il se trouvait toujours au bon endroit, au bon moment. Il pouvait te marquer un but à l’arrache, un but de la tête ou une frappe à 25 mètres.

Quel est ton entraîneur préféré ? Et pourquoi ?

Je n’en ai pas spécialement. Après il y en a forcément certains qui marquent plus que d’autres comme Pep Guardiola (Manchester City) actuellement car il réussit partout où il passe. Donc si je dois en donner un, c’est lui. Parce qu’il a du charisme, c’est un vrai meneur d’hommes et il arrive à s’adapter à toutes les équipes qu’il entraîne, tout en gardant sa « touche » personnelle et sa marque de fabrique.

D’après toi, qu’est-ce qui fait la « beauté » du foot amateur ?

Je pense qu’on peut résumer ça en un mot : plaisir. En tout cas, ceux que j’ai entraîné, c’était ça. Les gars étaient là pour prendre du plaisir, s’amuser, se défouler, se retrouver avec leurs potes, que ce soit à l’entraînement ou en match. Le foot c’est leur moyen à eux de se lâcher, de se vider la tête après le boulot et en quelque sorte de redevenir des « gamins » qui pratiquent leur passion. Mais la notion de plaisir est franchement super importante au niveau amateur, encore plus au niveau auquel j’ai entraîné. Mais si tu montes en division (au niveau Ligue par exemple), forcément à un moment donné le plaisir aura peut-être une part moins importante parce que tu as des obligations de résultats, d’investissement, etc. qui ne sont plus les mêmes qu’au niveau district.